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La Maison Hermès vient d’annoncer une nouvelle collaboration avec Rei Kawabuko qui s’apprête à réinterpréter le célèbre Carré Hermès dans une double collection ("Noir & Blanc" / "Couleurs") en série limitée baptisée Comme des Carrés.

"J’ai toujours eu énormément de respect pour le savoir artisanal et la riche histoire de la maison Hermès", a déclaré la créatrice de Comme des Garçons. "J’ai été inspirée par le côté artistique des foulards Hermès. Leurs carrés représentent beaucoup plus que des foulards. Je souhaite créer une plus-value en y ajoutant une dimension supplémentaire. En combinant des imprimés classiques avec des images abstraites nous avons vraiment pu changer le carré Hermès."

L’occasion ici, de revenir sur plus de soixante dix ans de création autour de cette pièce iconique du sellier français.

Le carré Hermès est la quintessence même du luxe : une soie d’une qualité incroyable travaillée dans les ateliers lyonnais de la maison, des ourlets entièrement cousus à la main, des colorants végétaux.

Accessoire mythique, au sens de Roland Barthes, le carré Hermès a su en effet marquer son époque tout en s’inscrivant dans une certaine intemporalité.

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En Octobre 2009, la Maison a publié un ouvrage éponyme consacré au célèbre foulard qui mêle photographies, illustrations et commentaires. Ecrit par Nadine Coleno et illustré par Isabelle d’Hauteville, ce "beau livre" invite à la découverte et l’on se plait à détailler chaque carré à la manière d’une toile. Et c’est finalement là que toute la force du carré Hermès s’exprime, à travers sa créativité sans cesse renouvelée.

Le premier modèle Jeu des omnibus et des dames blanches a été imaginé par Robert Dumas en 1937. Fort de sa passion pour le dessin et avec l’appui de spécialistes, d’autres modèles voient le jour à l’image  du célèbre Bride de Gala crée par Hugo Grykar, l’un des carrés les plus en vendus à l’heure actuelle.

Depuis, la Maison Hermès a convoqué des centaines de dessinateurs, artistes, créateurs afin d’élaborer des motifs exclusifs et inédits. A ce jour, on compte plus de 1500 références qui témoignent de l’attachement de la  Maison pour les arts, la culture, la mode et  bien entendu la tradition équestre.

En 1978, Charles-Louis Dumas perpétue la tradition instaurée par son père et invite des artistes à raconter chaque année de nouvelles histoires autour des valeurs de la Maison.

En 2003, Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique d’Hermès, fait appel à Balie Baret pour concevoir de nouvelles collections. Elle  apporte un nouveau souffle au carré tant au niveau de ses dimensions que de ses motifs en inventant une technique de tissage révolutionnaire "Sois belle".  Elle est aujourd’hui directrice artistique de la soie féminine.

En parallèle, la maison Hermès a depuis les années 2000 ouvert un dialogue avec l’art contemporain.

Daniel Buren a ainsi en 2000 inauguré la Verrière, espace d’art contemporain de la Maison Hermès situé à Bruxelles. Il a également imaginé en 2006 une installation in situ "Filtres colorés" pour l’atelier de Dosan Park à Séoul. En 2010, il revisite le carré Hermès en mettant en scène des "photos-souvenirs" surprenantes (une fleur, un paysage, un coucher de soleil) qu’il encadre de ses célèbres rayures colorées.

Déjà en 2008, la Maison rendait un Hommage au Carré en s’inspirant du travail Joseph Albers, peintre allemand initiateur de l’art optique. Le résultat est à mon sens sublime tant sur le plan technique qu’esthétique. Je rêve souvent de ce carré dans sa version sur tons bleus "Greek Island", que j’imagine déjà en salles de ventes aux enchères dans quelques années à des prix bien supérieurs à sa valeur intrinsèque… Mais qu’importe, ces variations chromatiques me touchent ;-)

La troisième édition du projet "Hermès éditeur" fut animée par l’artiste japonais Hiroshi Sugimoto. Baptisé Couleurs de l’ombre,  ces oeuvres-foulards retranscrivent un spectre lumineux se réfléchissant sur un prisme de verre.  Malgré un prix tout de même conséquent (environ 7000€, chaque modèle étant limitée à 7 exemplaires), l’artiste ironise et affirme avec humilité «Les couleurs, la composition, évoquent presque les peintures de Mark Rothko. Mais ça reste quand même beaucoup moins cher et puis, surtout, on peut les porter autour du cou!»

Autre fait notable. Pour la collection automne-hiver 2011-2012, Hermès a succombé à la vague du street en faisant appel à un graffeur Kongo qui a proposé plusieurs modèles inspirée de l’univers urbain et décalé des tags. Une série surprenante intitulé Graff qui tranche avec l’identité visuelle traditionnelle de la marque mais dont on doit saluer l’audace.

La rentrée fut marquée par une collaboration très attendue , celle de Yayoi Kusama et de Louis Vuitton

Les vitrines du célèbre malletier ont été transformé pour l’occasion en véritable espace d’exposition poussant à son paroxysme la confusion entre monde de l’art contemporain et monde du luxe.

Je me suis déjà exprimée à plusieurs reprises sur cette thématique – je vous renvoie à ce propos aux précédents articles sur l’art, la mode et le luxe et sur l’exposition de Louis Vuitton-Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs- mais, je souhaitais ici revenir sur quelques faits marquants qui ont animé cette année 2012 signant ainsi la consécration ultime de l’artketing.

Marc Jacobs a été l’un des pionniers en la matière.
Grand collectionneur et connu pour son goût de l’art, il a initié dès 2001 une série de collaborations successives (Stephen Sprouse, Takashi Murakami, Richard Prince) qui ont animé ses collections de maroquinerie pour Louis Vuitton. Bien que le résultat esthétique semble parfois contrasté, la stratégie s’est avérée payante pour ce grand magma du luxe.

A tel point que Delphine Arnault, directrice générale adjointe chez Dior, a elle aussi mis son dévolu sur un artiste, Anselm Reyle, pour revisiter les accessoires iconiques de la maison. Une façon pour cette passionnée d’art contemporain de rendre hommage à l’esprit avant-gardiste de Christian Dior, qui, ne l’oublions pas, fut galeriste avant de se lancer dans la Haute-Couture.

Tous les ingrédients ont été réunis pour obtenir la recette du succès : un artiste contemporain côté sur le marché de l’art, un patrimoine historique et culturelle mis en avant, une image de marque revalorisée.

Comme l’affirme Yves Carcelle, ancien président de Louis Vuitton : "L’univers du luxe partage avec le monde de l’art, les valeurs d’émotion et de passion pour la création. Si la marque inspire les artistes, ils stimulent notre maison en retour. C’est donc un processus d’inspirations mutuelles très productif."

Pourtant, bien que je trouve les initiatives de Louis Vuitton et de Dior intéressantes, le travail d’un artiste n’est à mon sens pas le même que celui d’un artisan ou d’un couturier. Appliquer, adapter les codes de l’art à l’univers du luxe ne me parait pas toujours approprié. L’art contemporain est indiscutablement à la mode mais l’utiliser à outrance pour parer le monde du luxe d’une identité arty me paraît à terme limité.

Dans la même lignée, Lancel s’est inspiré de Dali en revisitant le Daligramme, alphabet secret composé pour Gala et composé de huit cryptogrammes. Les motifs gravés au laser sont déclinés sur différents modèles de sac et accessoires de petite maroquinerie.

Les collaborations artistiques font également légion dans le secteur de la beauté. Isabelle Musnik, fondatrice du trendmag Influencia, en explique les raisons : "D’une part, l’art contemporain est de plus en plus populaire ; d’autre part, les marques doivent répondre à plusieurs problématiques : toucher à l’exceptionnel et faire rêver le public, enrichir son ADN en conservant les valeurs propres au luxe. La solution : se positionner comme des néomécènes en proposant des produits arty qui donnent au consommateur le sentiment d’acquérir une oeuvre d’art." 

Ici, la femme Prada Candy est imaginée par l’illustrateur François Berthoud et le personnage de la Petite Robe noire de Guerlain crée par le couple Kuntzek+Deygas. Le créateur s’impose en directeur artistique  pour réenchanter la vision de la marque dans le respect de ses codes.

Dans un autre domaine, Jean-Michel Othoniel, artiste connu pour ses sculptures de verre, réalisa deux montres pour Swatch qu’il présenta à la Biennale de Venise 2011. Le bracelet est fait de perles noires pour l’un, multicolores pour l’autre. Ici, l’artiste a véritablement imposé sa vision en créant une montre à son image.

Ces rapprochements des mondes de la création n’est pas nouveau et Yves Saint-Laurent déclarait lui-même : "J’ai de tout temps été passionné par la peinture, il était donc naturel qu’elle inspire mes créations. On se doute que mon propos n’a pas été de me mesurer aux maîtres, tout au plus de les approcher et de tirer les leçons de leur génie."

Une vision que Guillaume Henry, directeur artistique de la maison Carven, partage. Certaines silhouettes du défilé automne-hiver 2012-2013 s’inspirent en effet des toiles de Jérôme Bosch, peintre néerlandais de la Renaissance. L’impression numérique est très réussie et le résultat sublime : les couleurs sont lumineuses et mettent en valeur le thème figuratif reproduit. Victimes de son succès, les pièces ont été sold-out dès leur sortie en boutique… à mon grand désespoir !

L’été s’est achevé, la mélancolie automnale commence à poindre. Pour éviter le contre-coup de la rentrée, rien de tel qu’un programme culturel riche et varié.

Petite sélection :

L’impressionnisme et la Mode, Musée d’Orsay, jusqu’au 20 janvier 2013


"Il faut bien comprendre que dans le mot "mode", on perçoit en filigrane le sens du "modernisme".
 C’est une exposition riche et multi-supports que Robert Carsen, scénographe de l’événement, nous livre. Comme l’a écrit Baudelaire, chaque art était moderne à son époque et c’est à l’aune de l’impressionnisme que la mode est ici observée. Si certains impressionnistes n’étaient pas particulièrement intéressés par la mode, il n’en demeure pas moins les témoins prévilégiés des évolutions vestimentaires et des attitudes de leur temps. Une exposition qui rappelle à quel point l’art et la mode sont historiquement liés.

- Raphaël, les dernières années, Musée du Louvre, jusqu’au 14 janvier 2013

Organisée en partenariat avec le Musée du Prado détenteur avec le Louvre de la plus belle collection d’oeuvres de Raphaël, cette exposition entend montrer l’achèvement stylistique de l’artiste romain  sous le spectre des sept dernières années de sa vie. A l’ombre de ses maîtres comme le Pérugin et Michel-Ange, Raphaël compose avec un atelier d’une cinquantaine de personnes. Tableaux, portraits et dessins sont réunis afin de mettre en exergue la grâce et la douceur de ses réalisations ultimes.

- Edward Hopper, Grand Palais, jusqu’au 28 janvier 2013

Artiste iconoclaste, Hopper dresse un portrait saisissant de l’Amérique de son époque. Entre modernité et réalisme, ses oeuvres inspirent une foule de sentiments à l’image de la solitude ou de la mélancolie. Toujours traité avec une certaine douceur dans le geste, ses peintures confrontent des personnages qui ne se regardent pas, qui semblent n’être que l’ombre d’eux-mêmes. Une première grande rétrospective parisienne consacrée à l’artiste américain.

- Chloé Attitudes, Palais de Tokyo, jusqu’au 18 novembre 2012

A l’occasion des 60 ans de la maison française, la femme Chloé s’expose au Palais de Tokyo. Au programme : 70 pièces sélectionnées au sein des archives (de Gérard Pipart à Clare Waight Keller en passant par Phoebe Philo ou Stella Mc Carney pour ne citer qu’eux, tant les changements successifs de directeurs artistiques font partie de l’histoire de la marque), croquis de Karl Lagarfeld datant de 1972 ou encore photographies de Helmut Newton, Guy Bourdin, Jean Loup Sieff. Chloé Attitude inaugure un cycle d’expositions intitulé "Fashion Program" mis en place au Palais de Tokyo afin de mettre en lumière les temps forts de la création en matière de mode. Une belle initiative de Jean de Loisy et une occasion de redécouvrir la naissance du prêt-porter de luxe sous la vision novatrice de sa fondatrice : Gaby Aghion.

- Les frères Campana -Barrocco, Rococò, les Arts décoratifs, jusqu’au 24 février 2013

Ambassadeurs incontestés du nouveau design brésilien, Fernando et Humberto Campana ont révolutionné l’art du design par leurs réalisations insolites et écologistes qui détournent les objets afin de leur donner une seconde vie, un nouvel usage à la fois ornemental et fonctionnel. Des créations exhubérantes et colorées qui dévoilent en filigrane l’âme riche et sensuelle de la culture brésilienne.

Et surtout n’oubliez pas la FIAC qui se tiendra sous la verrière du Grand Palais (as usual) du 18 au 21 octobre 2012. 218 galeries au rendez-vous et de nombreux événements hors les murs. Pour plus d’infos.

Une sélection des expositions incontournables et autres événements culturels à ne pas rater cet été

Les Rencontres d’Arles jusqu’au 23 septembre 2012 

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Cette 43 ème édition "Une école française" est consacrée aux 30 ans de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie (ENSP). Elle réunit 60 expositions de photos venues du monde entier et d’une grande diversité dans la démarche. Jeunes talents et découvertes sont à l’honneur avec en prime une exposition du musée Galliera intitulé "Mannequin, le Corps de la Mode".

La Collection Lambert en Avignon jusqu’au 18 novembre 2012

Une collection d’exception qui rassemble les chefs d’oeuvres de la donation Yvon Lambert. Les grandes tendances de l’art contemporain depuis les années 60 sont présentes : art minimal, art conceptuel, land art, peinture figurative, nouvelle photographie, installations et vidéos avec des artistes phares comme Cy Twombly, Basquiat, Anselm Kieffer, Sol Lewitt, Christian Boltanski, Nan Goldin.

Klein, Byars, Kapoor au MAMAC à Nice jusqu’au 16 décembre 2012

A l’occasion des 50 ans de la disparition de l’artiste niçois Yves Klein, le MAMAC a décidé de lui rendre hommage en confrontant son travail de la monochromie à celui de l’artiste américian Byars et de l’indien Kapoor. Une exposition en bleu, blanc, rouge qui réunit installations et performances dans un parcours sensoriel et poétique.

Extra Large, Oeuvres monumentales du Centre Pompidou au Grimaldi Forum à Monaco, jusqu’au 09 septembre 2012

Découvrer ou redécouvrer les grands noms de l’art moderne et contemporain en version XXL :Xavier Veilhan, Daniel Buren, Jean Dubuffet, Anish Kapoor, Pierre Soulages, Sol Lewitt."Une approche monumentale de l’art dans un pays étiqueté comme le second plus petit Etat du monde "

Le monde comme volonté et comme papier peint, au Consortium à DIjon jusqu’au 02 septembre 2012

Ou comment tenter de retranscrire l’univers de Jed Martin, personnage houellebecquien de la Carte et le Territoire et son flot de considérations sur la fin de la Modernité.

Damien Hirst à la Tate Modern à Londres  jusqu’au 04 septembre 2012

C’est LA rétrospective du chef de file des Young British Artists, l’occasion de revenir sur ses oeuvres phares qui traitent pour la plupart du rapport entre l’Art et la Mort mais aussi d’Amour, de Désir et d’Argent : cadavres d’animaux dans du formol, papillons naturalisés sur toile, cendriers géants, armoires à pharmacie, spots and spins paintings et diamants par milliers. Vous découvrirez même en prime une pièce avec des papillons en liberté, la quintessence de la beauté et de la fragililté de la vie selon Hirst.

Documenta (13) à Cassel en Allemagne, jusqu’au 16 septembre 2012

La Documenta est LE rendez-vous d’art contemporain qui a lieu tous les cinq ans à Cassel au coeur de l’Allemagne. Crée en 1955 en réponse à la guerre, elle dure 100 jours et entend penser le monde sous le spectre de l’art. Ici rien n’est à vendre, ce n’est pas une foire comme ArtBasel : c’est un lieu de réflexion sur le monde contemporain et ses fractures sociales et politiques. Cette 13ème édition s’inscrit dans la lignée de la Documenta 11, politique et engagé et s’articule autour du thème central    « Collapse and Recovery ». La manifestation présente cette année 193 artistes et fait la part belle aux questions écologiques, à la guerre, au féminisme, au savoir universel… Tout un programme.

  • Gerhard Richter, "Panorama" au Centre Pompidou, jusqu’au 24 septembre 2012 

Cette rétrospective est l’événement culturel de la saison !

Après la Tate Modern de Londres et la Nationalgalerie de Berlin, c’est le Centre Pompidou qui accueille Gerhard Richter, figure majeure de la peinture contemporaine. Une exposition à la fois chronologique et thématique qui dévoile le travail éclectique de l’artiste, entre abstraction et figuration à la limite de l’hyperréalisme.

"Beaucoup de gens estiment que d’autres techniques sont plus séduisantes : mettez un écran dans un musée, et plus personne ne regarde les tableaux. Mais ma profession, c’est la peinture. C’est ce qui m’a depuis toujours le plus intéressé. J’ai maintenant atteint un certain âge et je viens d’une tradition différente. De toute façon, je ne sais rien faire d’autre. Je reste cependant persuadé que la peinture fait partie des aptitudes humaines les plus fondamentales, comme la danse ou le chant, qui ont un sens, qui demeurent en nous, comme quelque chose d’humain." 

  • Wim Delvoye, "Au Louvre", jusqu’au 17 septembre 2012

Comme Tony Cragg, Wim Delvoye est invité à déssiminer ses productions dans différents lieux du musée. Il a à ce titre conçue une immense sculpture, une flèche gothique en acier torsadé, délicatement intitulée "Suppo". Les oeuvres exposées retranscrivent non sans ironie, l’obsession de l’artiste belge  pour le détournement des styles du passé.

  • Christopher Wool, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, jusqu’au 19 août 2012

C’est l’un des artistes peintres américains contemporains les plus connus. Il est aujourd’hui mis avant au regard du public français au MAMVP dans une exposition qui montre les oeuvres récentes de l’artiste (entre 2001 et aujourd’hui).

  • Cristóbal Balenciaga "Collectionneur de modes" et Comme des Garçons "White Drama", Cité de la Mode et du Design, jusqu’au 17 septembre 2012

Ce deux expositions inaugurent la Cité de la Mode et du Design, belle endormie dont on espère un réveil en couleurs. Cristobal Balenciaga et Rei Kawakubo, créateurs majeurs qui ont marqué leur temps, font partie du programme "hors les murs" du Musée Galliera.

  • Toujours à l’affiche cet été : La Triennale au Palais de Tokyo, Louis Vuitton aux Arts Déco et Helmut Newton au Grand Palais.

Pour plus d’infos, voir mes précédents billets : Culture-Mode / Art Contemporain

Bientôt, mes impressions sur Art Basel 43, Jeff Koons à la Fondation Beyeler et Robert Combas au MAC Lyon.

Monumenta 2012, Daniel Buren, Excentrique(s) Travail in situ, Grand Palais, jusqu’au 21 juin 2012

Monumenta est une initiative du Ministère de la Culture et de la Communication qui a pour but de rapprocher le grand public de l’Art Contemporain, cette frange de l’Art qui a souvent la réputation d’être hermétique et plus difficile à appréhender. Le principe est simple : pendant 5 semaines, un artiste est invité à  concevoir une œuvre éphémère et magistrale dans la Nef du Grand Palais.

Cette année, c’est Daniel Buren qui est à l’honneur avec une approche qui tranche volontairement avec l’édition 2011 orchestrée par Anish Kapoor dont la sculpture organique, gonflée à son paroxysme, occupait l’espace de façon notable. L’artiste de la bande rayée de 8,7 cm nous présente à l’inverse une œuvre beaucoup plus basse, à notre échelle, pour nous apprendre en quelque sorte à redécouvrir cet espace majestueux, à le voir d’un autre œil. Personnellement, il m’est apparu beaucoup plus petit qu’à l’accoutumée surtout lorsque je l’ai imaginé dans mes souvenirs, colonisé par les galeries lors de la FIAC.

Des "ombrelles" dont l’agencement a été réalisé d’après une formule mathématique perse, scandent le parcours sur fond de quadrichromie. Ici, j’emploie le terme de quadrichromie dans son sens le plus large possible puisqu’il est normalement usité pour désigner les quatre couleurs primaires que sont le bleu cyan, le rouge magenta, le jaune et le noir et qui sont à la base d’une image. Dans le cas de Buren, si le choix s’est arrêté sur du jaune, du bleu, du vert et du orange, c’est tout simplement parce que le matériel utilisé, du plastique PVC n’existait que dans ces quatre couleurs. Concevoir cette œuvre pour Monumenta résulte donc d’un ensemble de contraintes à la fois techniques et spatio-temporelles : l’artiste n’ayant que 7 jours pour mettre en place son oeuvre in situ. 

Pour ce projet "Ex-centrique", Daniel Buren a également revisité la verrière du Grand Palais en la colorant alternativement de bleu turquoise pour former un effet de damier étonnant qui accentue les rythmes concentriques de la verrière et renverse notre perception du centre de gravité. Perception qui se trouve d’autant plus troublée lorsqu’elle est le produit du reflet de miroirs, que Daniel Buren a installé au centre de son installation. Arrondis, ces miroirs font écho aux ombrelles, à la coupole et à la structure générale du Grand Palais qui comme le rappelle l’artiste est dans ses moindres détails en courbe et tourne autour de la figure du cercle.

Pour ma part, je trouve le résultat final joyeux et lumineux, surtout si le soleil est au RDV car cela permet aux couleurs de se refléter tout en rondeur sur le sol : l’idée étant de vivre une véritable expérience esthétique et chromatique.

"Dans une relation étroite avec l’architecture exceptionnelle de la nef, il propose au visiteur de traverser une forêt coiffée d’une canopée de disques colorés. Jeu de lumière savant qui évolue au fil des heures de la journée, rappelant les vitraux d’église autant que la géométrie des tapis persans, le travail de Daniel Buren, une fois de plus, s’attache à bousculer nos perceptions, dans la démesure".

Éditorial de Frédécric Mitterand

La Triennale : Intense Proximité, Palais de Tokyo, jusqu’au 26 août 2012

Une grande ambition, celle de succéder à une formule un peu dépassée, baptisée lors des deux précédentes éditions "La Force de l’Art" dont l’objectif était de mettre avant l’Art Contemporain Français. Cette année, le concept a été revisité pour fonder une "Triennale" qui ne se cantonnerait pas à un patriotisme un brin malvenu. Selon les intentions de Okwui Enwezor et de ses quatre commissaires associés, la notion d’"Art Français" est par essence creuse dans notre monde contemporain où l’idée de transversalité prime.

De plus, cette troisième édition ne se tient plus dans la Nef du Grand Palais mais au Palais de Tokyo qui après d’importants travaux a vu sa surface d’exposition tripler et dans six autres lieux.

Baptisée "Intense Proximité", la "Triennale" entend autour d’un fil rouge, celui de l’ethnographie faire un "état des lieux de l’art contemporain au confluent de la scène française et des foyers de création internationaux". Un ouvrage clé est au cœur de la réflexion : Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss, texte relativiste qui questionne la place de la civilisation Occidentale en la confrontant à des cultures dites "primitives" à l’image des Indiens du Brésil (ci-dessous, tirage d’Alfredo Jaar)

Les supports sont divers : peintures, sculptures, installations, performance, concerts, dessins, films etc. bien que la vidéo reste le medium majoritaire. 120 "participants" ont été réunis et mêlent artistes, chercheurs, théoriciens, anthropologues, cinéastes etc.

L’espace est brut, les murs sont imparfaits ce qui a la particularité de donner une âme singulière à ce lieu où "l’égalité" entre artistes internationaux (Daniel Buren,Chris Ofili ci-desous, Annette Messager etc.) et artistes émergents est un principe fort.

Personnellement, j’ai été marquée par : (liste non-exhaustive)

-les photographies de Thomas Strut qui nous plongent véritablement dans une nature exubérante

- les peintures teintées de noir de Victor Man

- les compositions faites de laine, de rubans et de caoutchouc de Nicholas Hlbo

J’ai également apprécié les "Bâtons" colorés de Seulgi Lee

- le "Palm Sign" de Yto Barrada

- et l’installation Motion/Emotion de Annette Messager.

En revanche, si je devais retenir une seule œuvre ce serait sans aucun doute celle de Aneta Grzeszykowska, artiste polonaise dont le film poignant Headache explore le rapport que l’on entretient avec son propre corps : proximité, éloignement, attraction, répulsion, tous ces mots qui sont au cœur de l’intention de la Triennale parlent d’eux-même dans cette vidéo.

Retour en images et en mots sur deux expositions qui célèbrent la mode, l’art et la création.

Louis Vuitton – Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs

Voyage au coeur du luxe, du savoir-faire et de l’artisanat ou gros coup de pub pour la maison Vuitton ?Libre à chacun de se forger sa propre opinion.
Quoiqu’il en soit la scénographie est assez exceptionnelle.
Au premier étage, l’espace a été entièrement revu pour les besoins de l’exposition. Les murs ont été recouverts de bois gris laqué, ce qui donne une âme nouvelle, plus intime au lieu. La première partie est consacrée à l’histoire de Louis Vuitton en tant que malettier et fait écho à l’exposition "Voyage en Capitale" qui a eu en 2011 au Musée Carnavalet. Les malles d’époque sont présentées dans de grandes vitrines et côtoient costumes et accessoires du XIXème siècle.

On découvre alors la toile cirée d’origine, dite "Trianon", très en vue à l’époque car imperméabilisante, la toile rayée (1877) et bien entendu, la "toile Damnier" (1888) à laquelle Louis Vuitton intègre son nom pour se protéger des contrefaçons. En 1896, Georges Vuitton perpétue cette tradition après la mort de son père en créant le célèbre Monogram "LV". La maison devient alors spécialiste en "emballage des modes" et sera à l’origine de nombreuses innovations pour satisfaire les besoins de la bourgeoisie et de sa garde-robe toujours plus ample.

Au second niveau, on entre avec frénésie dans l’univers de Marc Jacobs, cet homme visionnaire qui a fait basculer le destin de la maison dans la culture pop et l’art contemporain. Des murs d’inspirations alternant images animées, extraits de films, musique, photographies et oeuvres d’art nous plongent dans le monde hétéroclite du créateur américain. La fameuse parodie de la Joconde "L.H.O.O.Q" de Duchamp est également présente.

Une immense vitrine arbore ensuite une kyrielle de sacs, placés dans des écrins dentellés qui ressemblent étrangement à de petits moules à gateaux. A croire que la maroquinerie Vuitton est un gourmand plaisir…. De formats et styles variés, ces sacs reprennent ainsi quinze ans de création.

Les salles suivantes mettent en scène les défilés emblématiques de ces dernières années (liste non exhaustive) :

  • automne-hiver 2011-2011 avec ses robes bustier corsettées très années 50
  • automne-hiver 2011-2012 avec son ascenseur majestueux, ses mannequins en tenue de soubrette et Kate avec sa cigarette à la main
  • printemps-été 2012 avec son carrousel, ses cols Claudine, ses couleurs pastel, ses robes à motifs floraux et broderies anglaises

"Pour certains, la vie n’a pas de sens sans la mode, pour moi c’est la mode qui n’a pas de sens sans la vie." MJ

La fin de l’exposition traitent des collaborations artistiques avec Stephen Sprouse et ses graffitis (2001) et Takashi Murakami et son univers "superflat" coloré (2003).

"Je crois que dans le domaine de la création, personne ne fait rien tout seul. J’aime cette citation qui dit : le tout est égal à la somme de ses parties." MJ

Enfin, ce sont les nurses de Richard Prince (2008) qui clôturent l’exposition : une des mannequins semble d’ailleurs nous dire au revoir de la main.

Mais c’est la petite statuette de Marc qui a le dernier mot, trônant et tournant tel un trophée. Culte du créateur ?

Helmut Newton au Grand Palais

A la fois chronologique et thématique, cette rétrospective, la première depuis la mort du photographe en 2004 a été conçue en collaboration avec sa femme Jude Newton. Elle-même photographe sous le nom de Alice Springs, elle a accompagné Helmut Newton pendant presque 60 ans.

Les ambitions de l’exposition sont fortes et veulent montrer la richesse et la complexité de l’oeuvre de Newton qui ne se résument pas seulement à des photographies de mode ou à des nus. Le photographe maniait également avec brio l’art du portrait mais aussi du paysage.

Newton s’inscrit pleinement dans l’histoire de l’art avec un grand A :

Certaines de ses photos ne sont pas sans rappeler la pose d’un célèbre tableau de Velazquez (Vénus à son Mirroir)

D’autres, une scène de film de Hitchcock (La Mort aux Trousses)

Sa proximité avec Yves Saint Laurent est également emblématique et terriblement touchante. En saisissant le smoking  YSL sur papier glacé, il l’a immortalisé et inscrit dans l’histoire.

Inventeur du "porno-chic", Newton n’a pas peur de jouer avec les codes de la vulgarité car il le fait avec humour. Les êtres qu’il met en scène dégagent tour à tour des sentiments de pouvoir, de domination, de vulnérabilité, de plaisir par la souffrance.

Helmut Newton a incontestablement joué un rôle prépondérant dans la photographie contemporaine à une époque où le "8ème art" n’était pas considéré comme tel.

Toutefois, la scénographie de l’exposition reste assez plate. Il y a peu d’explications aux murs et l’on se contente d’un film en milieu de parcours où l’on peine à accéder tant l’espace est restreint. Certains clichés mériteraient pourtant d’être recontextualisés, argumentés pour qu’on puisse en percevoir toute la teneur. D’autres laissent par ailleurs, un arrière goût de Vogue dont on finit par faire une overdose. Une petite déception quand même pour cette exposition tant attendue…

Au delà de sa représentation classique, celle du ballet, la danse n’a cessée au fil du XXème siècle d’être un support pour la création artistique. De plus, elle est aujourd’hui dans l’air du temps. Il suffit de voir l’engouement provoqué par le film Black Swan ou la bande-dessiné Polina de Bastin Vivés, pour s’en rendre compte. Je saisis donc l’instant propice pour aborder cette thématique passionnante qu’est le corps en mouvement dans son rapport à l’art. Ici, il faut prendre le mot "art" au sens large du terme puisqu’il inclut l’art moderne et contemporain mais aussi les arts visuels.

Tout d’abord, je ne saurais que trop vous recommander de grimper les 6 étages du Centre Pompidou pour vous aventurer Galerie 1 afin de découvrir l’exposition "Danser sa vie" qui retracent les liens intimes qu’entretiennent danse et artLe nom de l’exposition parait un peu plat de prime abord mais la critique s’arrête là. En fait, "Danser sa vie" fait référence aux mots de Isadora Duncan, pionnère de la danse libre, pour résumer la quête de toute son existence.

Trois parcours scandent la visite : « La danse comme expression de soi », « Danse et abstraction », «Danse et performance » balayant ainsi un champ assez large de l’histoire de l’art moderne et contemporain. D’entrée de jeu, la Danse de Paris nous accueille entre ses bras et l’on embrasse d’un regard cette oeuvre majeure de Matisse. "En rentrant chez moi, j’ai composé ma danse sur une surface de quatre mètres, en chantant le même air que j’avais entendu au Moulin de la Galette, si bien que toute la composition, tous les danseurs sont d’accord et dansent sur le même rythme."

Oeuvres d’art représentant le corps en mouvement et performance dansée se côtoient tout au long de l’exposition rappelant ainsi le rôle inspirationnel de la danse au sein de l’art. On redécouvre sous cet angle nouveau les avant-gardes avec l’expressionnisme allemand de Emil Nolde et Ernst Ludwig Kirschner, les rythmes simultanés de Sonia Delaunay, la danse du Bauhaus de Oskar Schlemmer, le constructivisme russe ou encore le cubisme avec Picabia et Picasso.

Concernant la danse à proprement parlé, je vous conseille de vous arrêter admirer le Sacre du Printemps de Pina Bausch : la scénographie est exceptionnellement bien menée et révèle des corps qui s’épuisent dans une lutte acharnée sur fond de tourbe.

J’ai également vécu un moment assez magique devant "Paper Dance" dans Parades and Changes de Anna Halprin. Le son n’est pas toujours très optimal compte tenu de l’exploitation de l’espace mais si vous vous placez bien en dessous de l’enceinte, vous pourrez entendre les bruits du papier qui rythment cette danse brute et sensuelle. C’est captivant. Et puis, si vous avez de la chance, vous pourrez voir la performance de Felix Gonzalez-Torres avec son fameux Go-Go dancer.

Ce que j’aime dans la danse c’est son aspect terriblement créatif, éminanent esthétique.  C’est peut-être l’expression la plus évidente de l’art car le corps est à la source même de l’oeuvre. Et c’est d’ailleurs dans ce postulat que les anthropométries de Yves Klein prennent tout leur sens. Le corps, tel un pinceau vivant, entre en interaction directe avec la toile. Les performances de Jackson Pollock ou Shiraga avec le mouvement Gutai s’inscrivent dans une logique similaire à la nuance près que ce sont les oscillations du corps qui dictent le tempo au pinceau. Avec le dripping, Pollock a  ainsi instauré une nouvelle forme d’expression artistique consistant à projeter de la peinture sur une toile posée à même le sol : la danse endiablée à laquelle s’adonne l’artiste se traduit par une extase psychotique et créative. Shiraga pour sa part se livre à une danse plus acrobatique consistant à s’élancer dans le vide tenu par une corde avec ses pieds en guise de pinceau.

La danse traduit ici les états du corps du peintre qui utilise la toile comme un simple support. Car au delà de la résultante artistique, ce qui importe c’est le cheminement employé pour y parvenir. L’art se déploie à la manière d’un spectacle vivant et permet une appréhension nouvelle du corps dans sa globalité. Je ne peux malheureusement pas tout développer dans le cadre de ce court article mais si la thématique vous stimule, je vous engage à regarder également le travail de Trisha Brown qui  "déplace son corps comme elle déplacerait le crayon".

Dans la même lignée, Merce Cunningham a également renouvelé les fonctions d’expressions de la danse en mettant au même plan scénographie, musique et danse. De plus, il ne cessera tout au long de sa carrière de convoquer des artistes tels que Rauschenbergb, Jasper Johns, Frank Stella ou encore Andy Warhol pour concevoir les décors et les costumes. Pour la bande son, il fera longuement appel  à John Cage mais aussi plus récemment à Radiohead et Sigur Ros, bien que la collaboration fut plus limitée. "Il faut adorer danser pour persévérer. La danse ne donne rien en retour, ni manuscrits à garder, ni peintures à mettre au mur ou même à exposer dans des musées, ni poèmes à publier ou à vendre, rien sauf cet instant fugace, unique, où vous vous sentez vivre" dira-t-il. A méditer…

Je commence ici un article qui me tient grandement à cœur puisqu’il abordera dans son expression la plus sincère, la relation ambiguë et controversée qu’entretiennent l’art et la mode, l’art et le luxe. Des mondes attirants, intimidants qui tendent aujourd’hui à se confondre dans leurs excès tant spéculatifs que mondains.

Pour illustrer ces propos, on ne peut s’empêcher de penser aux "supers-stars" du système de l’art contemporain à l’image de Jeff Koons, Takashi Murakami, Wim Delvoye que les collectionneurs François-Henri Pinault et Bernard Arnault, à la tête des deux plus beaux empires du luxe, s’empressent d’acquérir.


De plus, lorsque l’on observe des événements comme la Biennale de Venise ou encore plus flagrant, la Miami Art Basel, foire d’art contemporain la plus fashion du moment, née de sa célèbre consœur helvétique, on se rend bien compte – au regard de l’élite qui fréquente ces lieux – de la convergence inéluctable qui s’opère entre ces deux mondes.

Pourtant, cette fascination réciproque entre l’art et la mode n’est pas un fait contemporain. Déjà dans les années 20, Elsa Schiaparelli inaugurait une tradition de collaboration avec Salvador Dali, en créant des sweaters trompe-l’oeil d’inspiration surréaliste qui marqueront les esprits, tendance qu’elle perpétuera avec la robe-homard à forte symbolique sexuelle.

Par ailleurs, Sonia Delaunay, femme du célèbre peintre orphiste, concevait des vêtements géométriques (cf. les "robes-simultanées") aux couleurs vives et aux matières variées, qui ne sont pas sans rappeler ses tableaux et le constructionnisme russe.

Par la suite, Warhol ancien illustrateur de mode pour Vogue et Harper’s Bazaar, n’a cessé tout au long de sa carrière, de flirter dans ses œuvres d’art avec le monde de la mode et du luxe à l’image de sa série "Diamond Dust Shoes" (1980-81) où les toiles représentant des escarpins en vrac, sont recouvertes de poudre de diamant. Yves Saint Laurent dans une démarche, je dirai plus pure et plus sensible, rend lui aussi hommage aux artistes avec sa robe Mondrian (1965) et sa robe Braque (1988) pour ne citer qu’elles. La mode devient un langage artistique à part entière.

L’apparition dans les années 90 d’empires du luxe à l’image de LVMH et PPR a accéléré ce processus de cross-over. On ne compte plus aujourd’hui les collaborations entre artistes et marques de luxe et on ne s’étonne plus de voir ces mêmes maisons faire du mécénat culturel ou créer leur fondation. Les exemples à l’image de Cartier, Vuitton, Hermès, Prada, pullulent et sont révélateurs d’une tendance de fond : l’art contemporain est à la mode. Le luxe s’esthétise et on n’est pas surpris de découvrir que Marc Jacobs lui-même est amateur et collectionneur d’art. Les artistes sont invités à se lancer dans des projets, qu’ils ne pourraient jamais mener de front, sans le soutien financier des entreprises du luxe qui se parent ainsi d’une image de marque plus arty. Les frontières entre art, mode et luxe s’avèrent de plus en plus floues. L’exemple le plus frappant, vécu par certains comme une profanation dans le temple de l’art, est sans doute l’installation de la boutique Vuitton lors de la rétrospective Murakami en 2007 au MoCA de Los Angeles. Le luxe franchit la porte du musée et consommer devient un acte culturel, une revendication esthétique.

Autre fait marquant pour conclure : le 15 septembre 2008, alors que la chute de Lehman Brothers entraîne avec elle la bourse américaine, Damien Hirst, chef de file des Young British Artists (YBA), prend le marteau chez Sotheby’s et organise sa propre vente sans passer par la médiation d’une galerie. Une première pour la maison comme pour un artiste. Hirst parvient ainsi à court-circuiter le système et vend près de 223 pièces pour un total de 139,5 millions d’euros (estimation initiale : 81 millions d’euros). Toutefois, il faut bien garder en tête qu’il y a toujours un marchand d’art ou un grand collectionneur pour faire artificiellement monter les prix. Ce genre de pratiques ne peuvent qu’inquiéter. Et, ces logiques financières rapprochent visiblement le marché de l’art à celui du luxe. On serait entré dans l’ère du "financial art", de la "tritisation du néant" pour reprendre Aude de Kerros, artiste et auteur d’un livre incontournable intitulé L’Art caché, les dissidents de l’art contemporain. Pourtant, ceux qui voient l’art comme une valeur refuge "as good as gold" se trompent : une œuvre n’aura à mon sens, jamais la même liquidité que l’or. Et lorsque l’on regarde ces œuvres emblématiques de Hirst : le veau d’or ou ce crane incrusté de 8601 diamants baptisé "For the Love of God", on est cœur de cette hybridation monstrueuse entre art et luxe.

L’art et le luxe se sont aujourd’hui mués dans un langage de signes et de symboles, déconnecté de toute réalité. Pourtant si ces deux mondes cohabitent, il n’y a jamais réellement de fusion : c’est un perpétuel mouvement d’attraction et de répulsion.

Concernant le marché de l’art en France, il semblerait que nous devrions sérieusement engager une réflexion de fond… sinon la réflexion se fera sans nous.

Pour aller plus loin :

Art & Mode, Florence Müller, Assouline, 1999

Art Business (2), Judith Benhamou-Huet, Assouline, 2007

L’Art Contemporain et la Mode, Jill Gasparina, Editions du cercle d’art, 2007

"Le Luxe et l’Art, du Marketing à l’Arketing" de Christophe Rioux in Le Luxe, Essais sur la fabrique de l’ostentation, sous la direction d’Olivier Assouly, Editions IFM / Regard, 2011

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