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Archives Mensuelles: novembre 2011

Jusqu’au 7 janvier 2012

Les affichages sauvages de JR sont des oeuvres éphémères dont la lente dégradation est elle-même hautement créative. Ses photos monumentales sont collées à l’échelle d’un mur, d’une maison, d’un escalier, d’un toit et envahissent des parcelles de villes sous tension : les favelas de Rio, les bidonvilles de Nairobi, les vieux quartiers de Shanghai, la banlieue de Paris.

Celui qui "possède la plus grande galerie du monde à ciel ouvert" bouleverse et fascine le monde de la photo et de l’art contemporain avec ses projets humains et esthétiques. "Je crois que le rôle d’un artiste n’est pas de trouver des solutions mais de soulever des questions".

C’est aujourd’hui au tour de la Galerie Perrotin d’exposer son oeuvre et de diffuser après Arles, le Centre Pompidou, Jérusalem-Bethlehem et Abu Dhabi, le projet Inside Out, expérience collective autour de la représentation de soi et de sa propagation dans l’espace public. Un photomaton est installé dans la galerie et délivre des portraits sous forme de poster : une initiative audacieuse et interactive. En définitive, JR nous invite par cette mise en scène "légèrement" narcissique, à dévoiler notre vision du monde et ses problématiques contemporaines.

Déjà avec Face2Face, JR avait cristallisé autour du conflit israelo-palestinien en érigeant de part et d’autre du mur de séparation à Bethlehem, des portraits immenses hautement expressifs. Les plus symboliques étant ceux  de l’imam, du rabbin et du curé hilares. Une manière forte et édulcorée d’adoucir les tensions : nous sommes voisins, nous faisons le même métier, nous ne sommes finalement pas si différents.

Avec Women Are Heroes, JR concrétise son projet photographique. Pendant deux ans, il voyage aux quatre coins du monde (Brésil, Kenya, Inde, Sierra Leone, Cambodge…) et nous montre comment il construit ses oeuvres, en nous rappelant la place sacrée et fragile des femmes du tiers-monde. Tout le monde peut s’approprier l’oeuvre et participer au projet en l’améliorant, comme ces gamins qui ont proposé de tirer leurs portraits avec des bâches imperméables en vinyle pour recouvrir les toits de Kibera. Qu’elles soient conservées, découpées, dégradées par la pluie ou autres, les oeuvres de JR vivent et continuent même de s’exprimer dans la destruction.

Le street-art a inévitablement le vent en poupe mais cela ne remet aucunement en cause la spontanéité et  l’honnêteté intellectuelle de ce "photograffeur", "artiviste" de talent que Fabrice Bousteau, directeur en chef de Beaux-Arts Magazine -que je rêve de rencontrer- qualifie de "Cartier-Bresson du XXIème siècle".

"Quand je fais des photos, on m’appelle photographe, quand je monte des affiches, on me dit plasticien et quand je fais des films, je deviens réalisateur. Je pense que cela s’englobe très bien dans le rôle d’un artiste, d’utiliser au pluriel les médias, d’utiliser toutes les formes possibles. Je pense que ma génération est née dans une période d’accès à l’image et de son partage. On ne peut pas se priver de cela car c’est une grande force".

JR sur les quais de l’IFM

Paul Smith a révolutionné la mode britannique et le vestiaire masculin à la manière de Ralph Lauren aux Etats-Unis.

A l’occasion de la sortie du documentaire Paul Smith, Gentleman Designer, j’ai pu connaître de plus près l’histoire  de ce créateur "so british", un poil décalé et non dénué d’humour.

A 17 ans, Paul rêve de devenir cycliste professionnel mais un grave accident va changer son destin. Contraint à une hospitalisation de plusieurs mois, il rencontre à son terme un groupe d’étudiants en histoire de l’art qui lui parle avant-garde, art contemporain, rockers. Paul n’y connaît strictement rien à l’époque mais c’est une révélation.

Encouragée par Pauline Denyer, sa future femme, à l’époque jeune styliste diplomée du Royal College of Arts, il ouvre en 1970  sa première boutique dans une ancienne librairie et se lance dans la mode. Il apprend ainsi l’art du tailoring via des cours du soir et bientôt, il crée ses modèles. Comme il le dit si bien, il a appris sur le tas "learn by doing it". Ayant peu de moyens pour se procurer des tissus colorés, il ornemente ses chemises blanches de détails qui font la différence : des boutons originaux, une surpiqûre rouge ou des imprimés (carreaux, rayures, fleurs), devenus aujourd’hui sa véritable marque de fabrique.

Peu à peu, Paul Smith n’est plus qu’un simple commerçant et se revendique couturier. L’inauguration en 1979 de sa boutique de Convent Garden, concept store où vêtements et objets divers se côtoient, va véritablement ancrer Paul Smith dans la mode londonienne. Ses créations sont à son image : à la croisée du tailoring traditionnel britannique et d’une modernité intensément colorée et légèrement excentrique.

Aujourd’hui, il ne se passe pas une journée sans que le créateur ne chine des vêtements sur un marché, ne prenne des photos qui l’inspirent, ne note une citation, une bribe de texte sur un coin de page ou n’accumule toutes sortes d’objets dans son atelier. Cet univers, le documentaire de Stéphane Carrel nous le dévoile avec brio et nous permet d’approcher Paul Smith dans sa plus belle intimité.

Documentaire (52 mn), diffusion le 22 novembre 2011 sur Arte à 22h30.

Jusqu’au 31 décembre 2011.

Cette année, la Biennale de Lyon fait la part belle aux artistes sud-américains et c’est un aspect auquel j’ai été très sensible. Et pour cause, Victoria Noorthoorn, argentine d’origine, forte de son expérience à la Biennale du Mercosul, au Brésil, a été invitée par Thierry Raspail, directeur du MAC Lyon, pour mettre en scène cette édition 2011.

Placée sous le signe des paradoxes du monde contemporain, cette Biennale soulève des problématiques liées à l’histoire, à l’anthropologie et laisse ainsi une large part à l’interprétation. Inspiré par un poème de Yeats, "une terrible beauté est née" entend toucher chaque spectateur et le mettre face aux contradictions du monde actuel et de l’art.

"Nous habitons un monde terrible mais par sa force, l’art permet la réunion du terrible et du beau. En fait, ces mots ne s’opposent qu’en apparence : la beauté dénuée d’une certaine dose de terreur reste mièvre." Victoria Noorthoorn

La Biennale de Lyon, qui se revendique depuis ses débuts comme une "Biennale d’auteur", présente cette année, des artistes pour la plupart méconnus en France mais respectés dans leur pays d’origine, ce qui donne lieu à la découverte mais aussi à l’imagination.

Pour ma part, je me suis concentrée, faute de temps, sur les deux principaux lieux de la Biennale à savoir:

- La Sucrière : un lieu que j’aime pour sa fantastique impression d’espace. Cela donne un aspect spectaculaire aux oeuvres qui s’intègrent avec tact aux héritages industriels de cette ancienne usine.

- Le MAC Lyon : un incontournable qui a, entre autres, accueilli Keith Haring et Ben ces dernières années, et qui a été pour l’occasion divisé en deux, pour offrir au visiteur un parcours originalement segmenté en cinq plateaux.

Je vous fait par ici de quelques photos de ma visite, "un voyage à la fois sensoriel et intellectuel dont la destination finale est incertaine ou inconnue’.

Voici, une collaboration étonnante et frappante que j’ai récemment découvert dans les boutiques MAC : Cindy Sherman, artiste américaine célébre pour ses séries d’autoportraits subversifs, prête son image à la marque américaine de maquillage professionnel et lance trois looks pour l’automne : Midnight Blue, Angel Fame et Wild Colours.

Adepte du travestissement et de la mise en scène, cette photographe post-moderne a marqué les trois dernières décennies en questionnant la place et l’image de la femme dans la société. Elle est aujourd’hui la photographe la plus chère du marché, une de ses oeuvres Untitle n°96 ayant été adjugée à 3,89 millions de dollars en mai 2011 chez Christie’s.

On peut donc s’étonner qu’une marque de maquillage, qui part nature prône la beauté et l’embellissement, utilise comme vecteur de communication, Cindy Sherman qui justement la détourne. Personnellement, je ne l’ai pas du tout vu comme ça et j’ai trouvé l’initiative plutôt audacieuse et cohérente.

MAC joue beaucoup sur l’idée que le maquillage est un art à part entière, avis que je partage totalement tant la technicité et les gammes coloristiques rejoignent à mon sens la palette du peintre. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le maquillage professionnel tire ses origines dans les arts du spectacle : c’est un maquillage de scène qui tient et qui se voit comme celui que l’artiste américaine utilise dans ses clichés.

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