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Archives Mensuelles: janvier 2011

Souvent je pense à Rio. A défaut de pouvoir y retourner tout de suite, j’y voyage par la pensée en écoutant de la Bossa Nova.
Mes amis vous le diront : je voue un véritable culte pour la culture brésilienne et sa ville emblématique : Rio de Janeiro.

Pourquoi ?

En dehors des clichés, Rio est un endroit qui a tout pour plaire :  des plages baignées de soleil et de lumière, un climat chaud toute l’année et un vie urbaine effervescente ! De plus, les Cariocas sont ouverts, accueillants, bien dans leur corps, bien dans leur peau.

C’est d’ailleurs ce que Mario Testino entend nous transmettre à travers une série de photos personnelles pleines de spontanéité et de fraîcheur ! Ce photographe de mode célébre a beau être péruvien, il n’en demeure pas moins le "carioca" préféré de Gisèle Bundchen. Elle y évoque d’ailleurs de nombreux souvenirs avec lui qui sont retranscrit dans l’ouvrage.

A parcourir de toute urgence !!! Attention, pudiques s’abstenir !


 

C’est en feuilletant l’édition américaine de Vogue US  (Juillet 2010 : oui il n’est jamais trop tard !) que j’ai découvert cette magnifique série de photos de Peter Lindbergh avec en vedette Ewan McGregor et Natalia Vodianova.  Une exclusivité quand on sait que le photographe n’avait pas travaillé pour le célèbre magazine de mode pendant 18 ans !

Mon attrait pour la mode des années 50, qui de surcroît est actuellement remis au goût du jour par la série Mad Men,  a ainsi été éveillé par cette série de photos très "vintage" qui raconte dans un style très cinématographique, la déroute d’un mariage dans une famille a priori modèle, représentative de la société américaine de l’époque.

J’aime les tenues très féminines et la coiffure de la jeune mariée, un brin désuètes car définitivement inadaptées à nos modes de vie moderne mais si élégantes !! Les épaules sont étroites, la taille est serrée et la jupe finit juste sous le genou. De plus, l’ambiance champêtre des premières photos est reposante. Je me suis évadée en les observant, m’imaginant la venue du printemps (que je préfère définitivement à l’automne) dans ces petites villes typiques des Etats-Unis. Je pense d’ailleurs que le propre de l’art réside dans sa capacité à révéler une certaine réalité en nous touchant et bien qu’ici le destin de ce jeune couple marié se révèle tragique, la teneur de ces photos aux costumes très sophistiqués (par Grace Coddington) est indéniable !

Je vous laisse découvrir en images !

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"Une mode a à peine détruit une autre mode, qu’elle est abolie par une plus nouvelle, qui cède elle-même à celle qui suit et qui ne sera pas la dernière"

La Bruyère


J’ai récemment découvert un ouvrage passionnant paru aux éditions du Chêne, intitulé "Comprendre les tendances".
Ce livre écrit par Dominique Cuvillier, brosse en quelques temps forts la chronologie des tendances à travers l’analyse historique des phénomènes de mode et l’apparition post Seconde Guerre Mondiale des bureaux de style.

En somme, l’auteur nous rappelle que les tendances ont régné dans de nombreuses sociétés pyramidales, où les puissants dictaient "l’air du temps"à l’image des Romains, des Celtes ou de la cour de Louis XIV. Ainsi, le style romain ou grec se caractérisait par un drapé assez flou, quand celui des Celtes était au contraire bien taillé et près du corps. De même, on apprend que Louis XIV a imposé en son temps la mode des chaussures à talons rouges (sa couleur préférée) et de la perruque dite in-folio (en deux parties bombées, séparée par une raie profonde), qui s’est très vite répandu dans tout le royaume et qui s’est avéré être une façon très habile pour ce roi court sur patte de se donner de la hauteur.

Pourtant, si les tendances ont toujours existé, ce  n’est qu’à partir du XVIIIème qu’elles s’exportent et quittent le strict cadre des notables. Les premiers journaux de mode apparaissent et les spectacles avec le théâtre et l’opéra deviennent de vrais faiseurs de tendances à l’image des costumes du Mariage de Figaro, satyre sociale que Louis XVI honnissait en son temps. Dès la fin du XIXème, la mode se mécanise et ce sont les couturiers comme Charles Frederick Woerth pionnier en la matière, qui font la mode et imposent le ton, mettant ainsi au placard les diktats esthétiques des aristocrates.

Dès la fin des années 50, une toute nouvelle génération de personnalités (Fred Carlin, Nelly Rodi) commencent à penser la mode différemment en se basant sur leur intuition et leur capacité à décrypter les mouvements sociaux à travers la scène artistique et culturelle mais aussi le rôle de la jeunesse. C’est le début des bureaux de style (ou cabinets de tendances). Parallèlement, Maimé Arnodin, directrice du "jardin des modes" invente le nom d’un métier qui n’existe pas, celui de styliste. Ce qui passa inaperçu en 1956 annonce pourtant l’émergence d’une révolution esthétique sans précédent.

C’est en 1961 que le premier cahier de tendances apparaît, outil devenu aujourd’hui indispensable pour les industries du textile, du design, de la beauté etc. mais aussi pour tous les acteurs qui satellitent autour de ces univers.

Et Nelly Rodi la première rappelle avec réalisme qu’aujourd’hui "la mode n’est plus seulement affaire de création et d’intuition, mais aussi une affaire de marketing et de réflexion".


Comparable aux cycles économiques de Kondratieff ou Juglar, les tendances (bien que plus courtes) se décomposent généralement en trois rythmes :

- tendances à court terme ou de surface: versatiles, elles s’évanouissent généralement au bout de 6 à 8 mois (exemple : une couleur)

- tendances à moyen terme, dite d’écume : plus prononcées, elles peuvent s’étirer jusqu’à 2 ou 3 ans

- tendances à long terme, dite de profondeur : elles bénéficient de la meilleure espérance de vie allant de 5 à 10 ans voir plus.

A ces tendances s’ajoutent également ce que les leaders du textile (Zara, H&M, Mango etc.) ont baptisé les tendances "flash", orchestrées par des collections qui restent trois semaines en magasin et qui visent par leur caractère éphémère à stimuler l’achat impulsif.

Comme je l’ai évoqué précédemment (cf. article "Natalia Vodianova pour Shalimar"), je suis très sensible à la représentation du Nu féminin dans l’Art. J’ai à ce titre quelques œuvres fétiches pour lesquelles je voue une totale admiration et dont je souhaite ici vous faire partager mes impressions et mon ressenti.

Mes deux préférées sont incontestablement :

-La Grande Odalisque de Ingres, Musée du Louvre, que j’apprécie tout particulièrement dans sa version épurée "in grisaille" et qui se trouve dans la collection permanente du Metropolitan Museum.

Baudelaire dont on oublie souvent le rôle éminent en tant que critique d’art au XIXème, qualifiait Ingres de "pédant dont (il aimait) peu les facultés malingres". Il lui reprochait en effet de manquer d’originalité en s’inscrivant dans une tradition héritée du passé, dans la lignée de Raphael, Carrache ou Poussin.

Pourtant, Ingres fait preuve d’imagination en introduisant dans ses sujets des déformations anatomiques qui ne vont pas sans contrarier la nature mais qui révèlent la beauté des corps ! En effet, comment concevoir dans la réalité  ce sein naissant quasi sous l’aisselle ou ce dos affublé de trois vertèbres supplémentaires ? Quand on y regarde de plus près, le traitement du nu opéré par Ingres n’est donc pas si académique. Il s’en dégage d’ailleurs une grande sensualité, accentuée par un orientalisme onirique complètement fantasmé par l’artiste et qui n’est pas sans me déplaire !

-  Rolla de Gervex, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux (1878)

Ce tableau impressionne tout d’abord par son imposante taille (175 cm de hauteur sur 220 cm de longueur) mais aussi par l’éclat de ses couleurs, véhiculé par le corps de cette jeune fille à la chair lisse, qui s’abandonne avec légèreté sur ce lit d’amour à la blancheur immaculée.

Pour illustrer cette toile, Gervex s’est inspiré d’un poème long et sublime, de Alfred de Musset qui met en scène Jacques Rolla, jeune esthète désabusé, victime du "mal du siècle" caractéristique du romantisme de la fin du XIXème. Ce dernier  a « consumé » sa vie trois ans durant, et décide de se donner la mort après cette dernière nuit d’amour passée avec Marion, adolescente qui se prostitue pour fuir la misère. Cette dernière tentera de le retenir mais en vain. Rolla ne trouve plus aucun sens dans la société qui l’entoure. C’est le désenchantement.

"Rolla considérait d’un oeil mélancolique
La belle Marion dormant dans son grand lit;
Je ne sais quoi d’horrible et presque diabolique
Le faisait jusqu’aux os frissonner malgré lui
Marion coûtait cher -Pour lui payer sa nuit,
Il avait dépensé sa dernière pistole.
Ses amis le savaient. Lui-même, en arrivant,
Il s’était pris la main et donné sa parole
Que personne, au grand jour, ne le verrait vivant.

[…]

Quand Rolla sur les toits vit le soleil paraître,
Il alla s’appuyer au bord de la fenêtre

[…]

Rolla se détourna pour regarder Marie.
Elle se trouvait lasse, et s’était rendormie."

Alfred de Musset, in « Rolla III, V » (extraits)

Ce tableau a été refusé du Salon de 1878. Jugé indécent, il a en effet suscité la polémique en son temps en montrant au grand jour les plaisirs de l’amour vénal symbolisé par le soulier rouge et le corset dégrafé avec empressement. De plus, la position du haut-de- forme, qui supplante les vêtements de la jeune fille, n’est pas anodine puisque cela signifie qu’elle se serait dévêtue la première et c’est bien tout l’objet du scandale. Car en définitive, ce nu très "pompier" à la posture lascive ne diffère en rien des références canoniques de l’époque en matière d’art.

Pour compléter votre savoir, je vous conseille vivement ce fabuleux ouvrage, paru récemment aux Editions Beaux-Arts "Une histoire indiscrète du Nu féminin" de Thomas Schlesser : une mine d’or !


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