Monumenta 2012, Daniel Buren, Excentrique(s) Travail in situ, Grand Palais, jusqu’au 21 juin 2012

Monumenta est une initiative du Ministère de la Culture et de la Communication qui a pour a pour but de rapprocher le grand public de l’Art Contemporain, cette frange de l’Art qui a souvent la réputation d’être hermétique et plus difficile à appréhender. Le principe est simple : pendant 5 semaines, un artiste est invité à  concevoir une oeuvre éphémère et magistrale dans la Nef du Grand Palais.

Cette année, c’est Daniel Buren qui est à l’honneur avec une approche qui tranche volontairement avec l’édition 2011 orchestrée par Anish Kapoor dont la sculpture organique, gonflée à son paroxysme, occupait l’espace de façon notable. L’artiste de la bande rayée de 8,7 cm nous présente à l’inverse une oeuvre beaucoup plus basse, à notre échelle, pour nous apprendre en quelque sorte à redécouvrir cet espace majestueux, à le voir d’un autre oeil. Personnellement, il m’est apparu beaucoup plus petit qu’à l’accoutumée surtout lorsque je l’ai imaginé dans mes souvenirs, colonisé par les galeries lors de la FIAC.

Des “ombrelles” dont l’agencement a été réalisé d’après une formule mathématique perse, scandent le parcours sur fond de quadrichromie. Ici, j’emploie le terme de quadrichromie dans son sens le plus large possible puisqu’il est normalement usité pour désigner les quatre couleurs primaires que sont le bleu cyan, le rouge magenta, le jaune et le noir et qui sont à la base d’une image. Dans le cas de Buren, si le choix s’est arrêté sur du jaune, du bleu, du vert et du orange, c’est tout simplement parce que le matériel utilisé, du plastique PVC n’existait que dans ces quatre couleurs. Concevoir cette oeuvre pour Monumenta résulte donc d’un ensemble de contraintes à la fois techniques et spatio-temporelles : l’artiste n’ayant que 7 jours pour mettre en place son oeuvre in situ. 

Pour ce projet “Ex-centrique”, Daniel Buren a également revisté la verrière du Grand Palais en la colorant alternativement de bleu turquoise pour former un effet de damier étonnant qui accentue les rythmes concentriques de la verrière et renverse notre perception du centre de gravité. Perception qui se trouve d’autant plus troublée lorsqu’elle est le produit du reflet de miroirs, que Daniel Buren a installé au centre de son installation. Arrondis, ces miroirs font écho aux ombrelles, à la coupole et à la structure générale du Grand Palais qui comme le rappelle l’artiste est dans ses moindres détails en courbe.

Pour ma part, je trouve le résultat final joyeux et lumineux, surtout si le soleil est au RDV car cela permet aux couleurs de se refléter tout en rondeur sur le sol : l’idée étant de vivre une véritable expérience esthétique et chromatique.

La Triennale : Intense Proximité, Palais de Tokyo, jusqu’au 26 août 2012

Une grande ambition, celle de succéder à une formule un peu dépassée, baptisée lors des deux précédentes éditions “La Force de l’Art” dont l’objectif était de mettre avant l’Art Contemporain Français. Cette année, le concept a été revisté pour fonder une “Triennale” qui ne se cantonnerait pas à un patriotisme un brin malvenu. Selon les intentions de Okwui Enwezor et de ses quatre commissaires associés, la notion d’”Art Français” est par essence creuse dans notre monde contemporain où l’idée de transversalité prime.

De plus, cette troisième édition ne se tient plus dans la Nef du Grand Palais mais au Palais de Tokyo qui après d’importants travaux a vu sa surface d’exposition tripler et dans six autres lieux.

Basptisée “Intense Proximité”, la “Triennale” entend autour d’un fil rouge, celui de l’éthnographie faire un “état des lieux de l’art contemporain au confluent de la scène française et des foyers de création internationaux”. Un ouvrage clé est au coeur de la réflexion : Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss, texte relativiste qui questionne la place de la civilisation Occidentale en la confrontant à des cultures dites “primitives” à l’image des Indiens du Brésil (ci dessous, tirage d’Alfredo Jaar)

Les supports sont diverses : peinture, sculpture, installation, performance, concerts, dessins, films etc. bien que la vidéo reste le medium majoritaire. 120 “participants” ont été réunis et mélent artistes, chercheurs, théoriciens, anthropologues, cinéastes etc.

L’espace est brute, les murs sont imparfaits ce qui a la particularité de donner une âme singulière à ce lieu où “l’égalité” entre artistes internationaux (Daniel Buren,Chris Ofili ci-desous, Annette Messager etc.) et artistes émergents est un principe fort.

Personnellement, j’ai été marqué par : (liste non-exhaustive)

-les photographies de Thomas Strut qui nous plongent véritablement dans une nature exubérante

- les peintures teintées de noir de Victor Man

- les compositions faites de lain, de ruban et caoutchouc de Nicholas Hlbo

J’ai également apprécié les “Bâtons” colorés de Seulgi Lee

- le “Palm Sign” de Yto Barrada

- et l’installation Motion/Emotion de Annette Messager.

En revanche, si je devais retenir une seule oeuvre ce serait sans aucun doute celle de Aneta Grzeszykowska, artiste polonaise dont le film poignant Headache explore le rapport que l’on entretient avec son propre corps : proximité, éloignement, attraction, répulsion, tous ces mots qui sont au coeur de l’intention de la Triennale parlent d’eux-même dans cette oeuvre.

Pour lutter contre la fatigue, les lendemains de fête difficiles, l’eau de coco est l’antidote à adopter !

Rafraissante, désaltérante et ressourcante, c’est la boisson idéale de l’été.

Mais, qu’est-ce c’est exactement ?

L’eau de coco, ne doit pas être confondue avec le lait qui n’a pas du tout la même texture et qui de plus est très calorique. L’eau de coco est en fait issue de la noix de coco verte fraîche. Très répandue en Asie et en Amérique Latine (particulièrement au Brésil), elle est de plus en plus “à la mode” en Europe. Ses propriétés santé – riche en oligoéléments, drainante, anti-oxydante – ont en effet séduit de nombreux adeptes.

De plus en plus de distributeurs la proposent aujourd’hui en France conditionnée en brique : Vai-Vai, Bjorg, Vitamont (épiceries bio) et même Monoprix maintenant.

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Elles sont bien entendues sans sucres-ajoutés, sans colorant et sans conservateur.

Le must reste bien sur de planter sa paille à même le fruit comme sur les plages brésiliennes mais bon… on n’a pas tous la chance d’être sur place !

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Plus d’infos sur : http://www.vaivai.fr/eaudecoco/histoireetvertus

Retour en images et en mots sur deux expositions qui célèbrent la mode, l’art et la création.

Louis Vuitton – Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs

Voyage au coeur du luxe, du savoir-faire et de l’artisanat ou gros coup de pub pour la maison Vuitton ?Libre à chacun de se forger sa propre opinion.
Quoiqu’il en soit la scénographie est assez exceptionnelle.
Au premier étage, l’espace a été entièrement revu pour les besoins de l’exposition. Les murs ont été recouverts de bois gris laqué, ce qui donne une âme nouvelle, plus intime au lieu. La première partie est consacrée à l’histoire de Louis Vuitton en tant que malettier et fait écho à l’exposition “Voyage en Capitale” qui a eu en 2011 au Musée Carnavalet. Les malles d’époque sont présentées dans de grandes vitrines et côtoient costumes et accessoires du XIXème siècle.

On découvre alors la toile cirée d’origine, dite “Trianon”, très en vue à l’époque car imperméabilisante, la toile rayée (1877) et bien entendu, la “toile Damnier” (1888) à laquelle Louis Vuitton intègre son nom pour se protéger des contrefaçons. En 1896, Georges Vuitton perpétue cette tradition après la mort de son père en créant le célèbre Monogram “LV”. La maison devient alors spécialiste en “emballage des modes” et sera à l’origine de nombreuses innovations pour satisfaire les besoins de la bourgeoisie et de sa garde-robe toujours plus ample.

Au second niveau, on entre avec frénésie dans l’univers de Marc Jacobs, cet homme visionnaire qui a fait basculer le destin de la maison dans la culture pop et l’art contemporain. Des murs d’inspirations alternant images animées, extraits de films, musique, photographies et oeuvres d’art nous plongent dans le monde hétéroclite du créateur américain. La fameuse parodie de la Joconde “L.H.O.O.Q” de Duchamp est également présente.

Une immense vitrine arbore ensuite une kyrielle de sacs, placés dans des écrins dentellés qui ressemblent étrangement à de petits moules à gateaux. A croire que la maroquinerie Vuitton est un gourmand plaisir…. De formats et styles variés, ces sacs reprennent ainsi quinze ans de création.

Les salles suivantes mettent en scène les défilés emblématiques de ces dernières années (liste non exhaustive) :

  • automne-hiver 2011-2011 avec ses robes bustier corsettées très années 50
  • automne-hiver 2011-2012 avec son ascenseur majestueux, ses mannequins en tenue de soubrette et Kate avec sa cigarette à la main
  • printemps-été 2012 avec son carrousel, ses cols Claudine, ses couleurs pastel, ses robes à motifs floraux et broderies anglaises

“Pour certains, la vie n’a pas de sens sans la mode, pour moi c’est la mode qui n’a pas de sens sans la vie.” MJ

La fin de l’exposition traitent des collaborations artistiques avec Stephen Sprouse et ses graffitis (2001) et Takashi Murakami et son univers “superflat” coloré (2003).

“Je crois que dans le domaine de la création, personne ne fait rien tout seul. J’aime cette citation qui dit : le tout est égal à la somme de ses parties.” MJ

Enfin, ce sont les nurses de Richard Prince (2008) qui clôturent l’exposition : une des mannequins semble d’ailleurs nous dire au revoir de la main.

Mais c’est la petite statuette de Marc qui a le dernier mot, trônant et tournant tel un trophée. Culte du créateur ?

Helmut Newton au Grand Palais

A la fois chronologique et thématique, cette rétrospective, la première depuis la mort du photographe en 2004 a été conçue en collaboration avec sa femme Jude Newton. Elle-même photographe sous le nom de Alice Springs, elle a accompagné Helmut Newton pendant presque 60 ans.

Les ambitions de l’exposition sont fortes et veulent montrer la richesse et la complexité de l’oeuvre de Newton qui ne se résument pas seulement à des photographies de mode ou à des nus. Le photographe maniait également avec brio l’art du portrait mais aussi du paysage.

Newton s’inscrit pleinement dans l’histoire de l’art avec un grand A :

Certaines de ses photos ne sont pas sans rappeler la pose d’un célèbre tableau de Velazquez (Vénus à son Mirroir)

D’autres, une scène de film de Hitchcock (La Mort aux Trousses)

Sa proximité avec Yves Saint Laurent est également emblématique et terriblement touchante. En saisissant le smoking  YSL sur papier glacé, il l’a immortalisé et inscrit dans l’histoire.

Inventeur du “porno-chic”, Newton n’a pas peur de jouer avec les codes de la vulgarité car il le fait avec humour. Les êtres qu’il met en scène dégagent tour à tour des sentiments de pouvoir, de domination, de vulnérabilité, de plaisir par la souffrance.

Helmut Newton a incontestablement joué un rôle prépondérant dans la photographie contemporaine à une époque où le “8ème art” n’était pas considéré comme tel.

Toutefois, la scénographie de l’exposition reste assez plate. Il y a peu d’explications aux murs et l’on se contente d’un film en milieu de parcours où l’on peine à accéder tant l’espace est restreint. Certains clichés mériteraient pourtant d’être recontextualisés, argumentés pour qu’on puisse en percevoir toute la teneur. D’autres laissent par ailleurs, un arrière goût de Vogue dont on finit par faire une overdose. Une petite déception quand même pour cette exposition tant attendue…

Au delà de sa représentation classique, celle du ballet, la danse n’a cessée au fil du XXème siècle d’être un support pour la création artistique. De plus, elle est aujourd’hui dans l’air du temps. Il suffit de voir l’engouement provoqué par le film Black Swan ou la bande-dessiné Polina de Bastin Vivés, pour s’en rendre compte. Je saisis donc l’instant propice pour aborder cette thématique passionnante qu’est le corps en mouvement dans son rapport à l’art. Ici, il faut prendre le mot “art” au sens large du terme puisqu’il inclut l’art moderne et contemporain mais aussi les arts visuels.

Tout d’abord, je ne saurais que trop vous recommander de grimper les 6 étages du Centre Pompidou pour vous aventurer Galerie 1 afin de découvrir l’exposition “Danser sa vie” qui retracent les liens intimes qu’entretiennent danse et artLe nom de l’exposition parait un peu plat de prime abord mais la critique s’arrête là. En fait, “Danser sa vie” fait référence aux mots de Isadora Duncan, pionnère de la danse libre, pour résumer la quête de toute son existence.

Trois parcours scandent la visite : « La danse comme expression de soi », « Danse et abstraction », «Danse et performance » balayant ainsi un champ assez large de l’histoire de l’art moderne et contemporain. D’entrée de jeu, la Danse de Paris nous accueille entre ses bras et l’on embrasse d’un regard cette oeuvre majeure de Matisse. “En rentrant chez moi, j’ai composé ma danse sur une surface de quatre mètres, en chantant le même air que j’avais entendu au Moulin de la Galette, si bien que toute la composition, tous les danseurs sont d’accord et dansent sur le même rythme.”

Oeuvres d’art représentant le corps en mouvement et performance dansée se côtoient tout au long de l’exposition rappelant ainsi le rôle inspirationnel de la danse au sein de l’art. On redécouvre sous cet angle nouveau les avant-gardes avec l’expressionnisme allemand de Emil Nolde et Ernst Ludwig Kirschner, les rythmes simultanés de Sonia Delaunay, la danse du Bauhaus de Oskar Schlemmer, le constructivisme russe ou encore le cubisme avec Picabia et Picasso.

Concernant la danse à proprement parlé, je vous conseille de vous arrêter admirer le Sacre du Printemps de Pina Bausch : la scénographie est exceptionnellement bien menée et révèle des corps qui s’épuisent dans une lutte acharnée sur fond de tourbe.

J’ai également vécu un moment assez magique devant “Paper Dance” dans Parades and Changes de Anna Halprin. Le son n’est pas toujours très optimal compte tenu de l’exploitation de l’espace mais si vous vous placez bien en dessous de l’enceinte, vous pourrez entendre les bruits du papier qui rythment cette danse brute et sensuelle. C’est captivant. Et puis, si vous avez de la chance, vous pourrez voir la performance de Felix Gonzalez-Torres avec son fameux Go-Go dancer.

Ce que j’aime dans la danse c’est son aspect terriblement créatif, éminanent esthétique.  C’est peut-être l’expression la plus évidente de l’art car le corps est à la source même de l’oeuvre. Et c’est d’ailleurs dans ce postulat que les anthropométries de Yves Klein prennent tout leur sens. Le corps, tel un pinceau vivant, entre en interaction directe avec la toile. Les performances de Jackson Pollock ou Shiraga avec le mouvement Gutai s’inscrivent dans une logique similaire à la nuance près que ce sont les oscillations du corps qui dictent le tempo au pinceau. Avec le dripping, Pollock a  ainsi instauré une nouvelle forme d’expression artistique consistant à projeter de la peinture sur une toile posée à même le sol : la danse endiablée à laquelle s’adonne l’artiste se traduit par une extase psychotique et créative. Shiraga pour sa part se livre à une danse plus acrobatique consistant à s’élancer dans le vide tenu par une corde avec ses pieds en guise de pinceau.

La danse traduit ici les états du corps du peintre qui utilise la toile comme un simple support. Car au delà de la résultante artistique, ce qui importe c’est le cheminement employé pour y parvenir. L’art se déploie à la manière d’un spectacle vivant et permet une appréhension nouvelle du corps dans sa globalité. Je ne peux malheureusement pas tout développer dans le cadre de ce court article mais si la thématique vous stimule, je vous engage à regarder également le travail de Trisha Brown qui  ”déplace son corps comme elle déplacerait le crayon”.

Dans la même lignée, Merce Cunningham a également renouvelé les fonctions d’expressions de la danse en mettant au même plan scénographie, musique et danse. De plus, il ne cessera tout au long de sa carrière de convoquer des artistes tels que Rauschenbergb, Jasper Johns, Frank Stella ou encore Andy Warhol pour concevoir les décors et les costumes. Pour la bande son, il fera longuement appel  à John Cage mais aussi plus récemment à Radiohead et Sigur Ros, bien que la collaboration fut plus limitée. “Il faut adorer danser pour persévérer. La danse ne donne rien en retour, ni manuscrits à garder, ni peintures à mettre au mur ou même à exposer dans des musées, ni poèmes à publier ou à vendre, rien sauf cet instant fugace, unique, où vous vous sentez vivre” dira-t-il. A méditer…

Personnage emblématique de la “Génération perdue” désenchantée par la Grande guerre, Francis Scott Fitzgerald est l’un des auteurs américains les plus célèbres de son époque tant pour son œuvre que par sa vie qu’il consumera trop vite. “Il écrivait pour la même raison qu’il buvait: parce qu’il était trop sensible pour mener une vie normale” dixit Frédéric Beigbeder dans un registre légèrement décalé, mais criant de vérité.

Gatsby le Magnifique est son œuvre phare, le roman de sa vie dans lequel il a tout investi, pour conquérir le monde et satisfaire les désirs matériels de sa femme Zelda. Paru en 1925, l’ouvrage n’a malheureusement pas reçu le succès escompté. Pourtant, l’influence de ce roman est aujourd’hui sans précédent, que ce soit au regard de la littérature, du cinéma ou de la mode.

L’histoire a lieu à l’époque où Fitzgerald l’écrit: celle des années folles, où danser sa vie est un leitmotiv absolu. La fête bat son plein à Paris comme à New York. Les femmes s’animent dans des robes à franges audacieusement courtes et arborent des coupes à la garçonne. Cette ambiance particulière, Fitzgerald la décrit avec légèreté et précision à travers Nick Carraway, narrateur et voisin de Jay Gatsby. Ce dernier est un jeune milliardaire inconnu qui organise dans sa villa de Long Island d’opulentes réceptions mais dont l’intime espoir est de retrouver son amour adolescent Daisy, elle-même cousine de Nick. “Il y avait de la musique qui s’échappait de chez mon voisin, les soirs d’été. Dans ses jardins bleus, des hommes et des femmes allaient et venaient comme des papillons de nuit, parmi les chuchotements, le champagne et les étoiles”.

Si vous souhaitez vous plonger dans ce roman, sachez que la plume de Fitzgerald a posé certains problèmes de traduction et qu’aucune des versions faites autour de “Great Gatsby” ne fait  aujourd’hui l’unanimité. Fitzgerald n’est cependant pas un cas isolé : Hemingway, pour citer quelqu’un dont il était proche, a lui aussi donné lieu à de nombreux débats à propos des traductions de ses romans. Le meilleur moyen de ne pas se torturer afin de choisir entre Gatsby le Magnifique traduit en 1946 par Victor Liona, Gatsby le Magnifique traduit en 1976 par Jacques Tournier ou toute autre traduction est probablement de le lire dans sa langue originale, l’anglais…

La dernière traduction en date est celle de Julie Wolkenstein (sortie janvier 2011) qui l’a rebaptisé “Gatsby”… tout simplement. L’œuvre étant désormais libre de droits, la romancière, pas du tout traductrice à la base, s’est aventurée dans cet exercice périlleux pour des raisons affectives, presque vitales  : “J‘avais la certitude, intime mais jamais vérifiée, que ce roman faisait partie de moi, de ma vie, qu’il avait touché chez moi, une fois pour toutes, une corde essentielle.” Cette traduction fut somme toute assez critiquée car trop sujette à interprétations et celle de Jacques Tournier me parait plus fidèle au texte original.

Par ailleurs, si l’œuvre de Fitzgerald a été l’objet de nombreux remaniements, les adaptations cinématographiques furent également multiples. La première version date de 1926, la seconde de 1949 mais c’est celle de 1973 de Jack Clayton qui a le plus marquée les esprits. Le scénario a été entièrement réécrit par Francis Ford Coppola, après le rejet de celui de Truman Capote et certaines scènes ont même été revues par Vladimir Nabokov. Le film met en action Robert Redford dans le rôle de Jay Gatzby et Mia Farrow dans celui de Daisy Bucchanan. Une beauté solaire se dégage de ce film où luxe ostentatoire et impitoyable pauvreté se côtoient. En définitive, passés les conventions sociales, le rêve et l’artificialité de la nuit festive, c’est le souffle d’un amour illusoire qui se dégage de cette Amérique de la Prohibition. Ce sont toujours les plus corrompus qui gagnent car le monde est trop étroit pour laisser place aux sentiments et à la sensibilité. Cette amertume presque insolente se fait écho dans les mots de l’auteur quand il avoue sans peine: “Je suis un romantique. Un sentimental croit que les choses vont durer, un romantique espère en dépit de tout qu’elles ne dureront pas.”

Une nouvelle adaptation cinématographique est attendue pour la fin de l’année 2012 avec Leonardo Di Caprio pour le rôle de Gatsby et Carrey Mulligan dans celui de Daisy.

Au delà des mots et de la bande-son peuplée d’images, l’œuvre de Fitzgerald est un formidable laboratoire d’analyse sur la mode et le costume. Les Années Folles sont frappantes de ce point de vue là et on ne se lasse pas d’observer l’élégance irréelle du vestiaire masculin ou des robes de l’époque, dans leur façon magique et éblouissante de se mouvoir.

En septembre dernier, le défilé Ralph Lauren Printemps-Eté 2012 a fait souffler un vent de légèreté et de couleurs douces sur New York, nous rappelant le charme suranné de l’Amérique des années 20.

Un grand bol de fraicheur se dégage de cette collection teintée de vert anis, de bleu pastel, de rose poudré, de jaune éclatant mais aussi de blanc tout simplement. Le fluidité des coupes et le travail des volumes donnent, par effet de transparence, une allure aérienne aux silhouettes. De plus, un jeu subtil entre mat et brillant est opéré grâce à l’utilisation de la mousseline de soie et du satin coupé en biais. Les mannequins défilent avec un chapeau cloche sur la tête, des perles autour du cou et affichent des imprimés floraux très tendres mais également une attitude plus garçonne en costumes d’hommes revisités. Un cocktail tout simplement vivifiant. Ici, Ralph Lauren renoue avec ses premiers amours, ceux du temps où sa toute jeune marque avait habillé Robert Redford, dans Gatsby justement…

Je commence ici un article qui me tient grandement à cœur puisqu’il abordera dans son expression la plus sincère, la relation ambiguë et controversée qu’entretiennent l’art et la mode, l’art et le luxe. Des mondes attirants, intimidants qui tendent aujourd’hui à se confondre dans leurs excès tant spéculatifs que mondains.

Pour illustrer ces propos, on ne peut s’empêcher de penser aux “supers-stars” du système de l’art contemporain à l’image de Jeff Koons, Takashi Murakami, Wim Delvoye que les collectionneurs François-Henri Pinault et Bernard Arnault, à la tête des deux plus beaux empires du luxe, s’empressent d’acquérir.


De plus, lorsque l’on observe des événements comme la Biennale de Venise ou encore plus flagrant, la Miami Art Basel, foire d’art contemporain la plus fashion du moment, née de sa célèbre consœur helvétique, on se rend bien compte – au regard de l’élite qui fréquente ces lieux – de la convergence inéluctable qui s’opère entre ces deux mondes.

Pourtant, cette fascination réciproque entre l’art et la mode n’est pas un fait contemporain. Déjà dans les années 20, Elsa Schiaparelli inaugurait une tradition de collaboration avec Salvador Dali, en créant des sweaters trompe-l’oeil d’inspiration surréaliste qui marqueront les esprits, tendance qu’elle perpétuera avec la robe-homard à forte symbolique sexuelle.

Par ailleurs, Sonia Delaunay, femme du célèbre peintre orphiste, concevait des vêtements géométriques (cf. les “robes-simultanées”) aux couleurs vives et aux matières variées, qui ne sont pas sans rappeler ses tableaux et le constructionnisme russe.

Par la suite, Warhol ancien illustrateur de mode pour Vogue et Harper’s Bazaar, n’a cessé tout au long de sa carrière, de flirter dans ses œuvres d’art avec le monde de la mode et du luxe à l’image de sa série “Diamond Dust Shoes” (1980-81) où les toiles représentant des escarpins en vrac, sont recouvertes de poudre de diamant. Yves Saint Laurent dans une démarche, je dirai plus pure et plus sensible, rend lui aussi hommage aux artistes avec sa robe Mondrian (1965) et sa robe Braque (1988) pour ne citer qu’elles. La mode devient un langage artistique à part entière.

L’apparition dans les années 90 d’empires du luxe à l’image de LVMH et PPR a accéléré ce processus de cross-over. On ne compte plus aujourd’hui les collaborations entre artistes et marques de luxe et on ne s’étonne plus de voir ces mêmes maisons faire du mécénat culturel ou créer leur fondation. Les exemples à l’image de Cartier, Vuitton, Hermès, Prada, pullulent et sont révélateurs d’une tendance de fond : l’art contemporain est à la mode. Le luxe s’esthétise et on n’est pas surpris de découvrir que Marc Jacobs lui-même est amateur et collectionneur d’art. Les artistes sont invités à se lancer dans des projets, qu’ils ne pourraient jamais mener de front, sans le soutien financier des entreprises du luxe qui se parent ainsi d’une image de marque plus arty. Les frontières entre art, mode et luxe s’avèrent de plus en plus floues. L’exemple le plus frappant, vécu par certains comme une profanation dans le temple de l’art, est sans doute l’installation de la boutique Vuitton lors de la rétrospective Murakami en 2007 au MoCA de Los Angeles. Le luxe franchit la porte du musée et consommer devient un acte culturel, une revendication esthétique.

Autre fait marquant pour conclure : le 15 septembre 2008, alors que la chute de Lehman Brothers entraîne avec elle la bourse américaine, Damien Hirst, chef de file des Young British Artists (YBA), prend le marteau chez Sotheby’s et organise sa propre vente sans passer par la médiation d’une galerie. Une première pour la maison comme pour un artiste. Hirst parvient ainsi à court-circuiter le système et vend près de 223 pièces pour un total de 139,5 millions d’euros (estimation initiale : 81 millions d’euros). Toutefois, il faut bien garder en tête qu’il y a toujours un marchand d’art ou un grand collectionneur pour faire artificiellement monter les prix. Ce genre de pratiques ne peuvent qu’inquiéter. Et, ces logiques financières rapprochent visiblement le marché de l’art à celui du luxe. On serait entré dans l’ère du “financial art”, de la “tritisation du néant” pour reprendre Aude de Kerros, artiste et auteur d’un livre incontournable intitulé L’Art caché, les dissidents de l’art contemporain. Pourtant, ceux qui voient l’art comme une valeur refuge “as good as gold” se trompent : une œuvre n’aura à mon sens, jamais la même liquidité que l’or. Et lorsque l’on regarde ces œuvres emblématiques de Hirst : le veau d’or ou ce crane incrusté de 8601 diamants baptisé “For the Love of God”, on est cœur de cette hybridation monstrueuse entre art et luxe.

L’art et le luxe se sont aujourd’hui mués dans un langage de signes et de symboles, déconnecté de toute réalité. Pourtant si ces deux mondes cohabitent, il n’y a jamais réellement de fusion : c’est un perpétuel mouvement d’attraction et de répulsion.

Concernant le marché de l’art en France, il semblerait que nous devrions sérieusement engager une réflexion de fond… sinon la réflexion se fera sans nous.

Pour aller plus loin :

Art & Mode, Florence Müller, Assouline, 1999

Art Business (2), Judith Benhamou-Huet, Assouline, 2007

L’Art Contemporain et la Mode, Jill Gasparina, Editions du cercle d’art, 2007

“Le Luxe et l’Art, du Marketing à l’Arketing” de Christophe Rioux in Le Luxe, Essais sur la fabrique de l’ostentation, sous la direction d’Olivier Assouly, Editions IFM / Regard, 2011

A vos agendas ! 

2012 commence à peine et s’annonce riche en événements culturels.

Centre Pompidou

Danser sa vie, jusqu’au 2 avril 2012

Musée Rodin

La saisie du modèle, Rodin 300 dessins 1890-1917jusqu’au 1er avril 2012

Musée Marmottan-Monet

Henri Edmond Cross et le néo-impressionisme, jusqu’au 19 février 2012

Musée des Arts Décoratifs

Jean-Paul Goude – Goudemalion, une rétrospective, jusqu’au 18 mars 2012

Marteen Baas, les curiosités d’un designer, jusqu’au 12 février 2012

Gagosian Gallery

Damien Hirst – The Complot Spot Paintings 1986-2011, du 12 janvier au 18 février 2012

A venir :

Musée des Arts Décoratifs

Louis Vuitton – Marc Jacobs, du 09 mars au 16 septembre 2012

Musée d’Orsay

Degas et le Nu, du 13 mars au 1er juillet 2012

Grand Palais, Galerie Sud-Est

Helmut Newton, du 24 mars au 17 juin 2012

Dans le cadre d’un projet de groupe à l’IFM, j’ai eu la chance de découvrir le travail remarquable d’un jeune créateur : Julien David.

Parisien d’origine, Julien David a fait ses mains chez Narciso Rodriguez et Ralph Lauren après des études concluantes à la Parsons School of Design à New York. Fort de ces deux expériences, il s’envole découvrir le Japon et décide de créer sa propre marque en 2008 : une première collection de foulards en sergé de soie voit le jour. Un brin arty, ses foulards graphiques et pop sont devenus aujourd’hui sa marque de fabrique, sa signature. Ce style unique, à la fois streetwear et couture, puise son inspiration dans les codes de la génération 80 : le hip-hop, le skate, la rue, les jeux vidéo. Un choix créatif, une démarche personnelle dont la force se manifeste par cette capacité à créer un univers, loin des codes traditionnels de la mode et du luxe.

Le premier défilé IN de Julien David a eu lieu le 8 mars 2011 à la Semaine de la Mode de Paris. Dans cette collection intitulée « Transformation, Confusion », les mannequins ont défilé avec un carré de soie, ce qui donne à leur visage un aspect flouté et pixélisé. On retrouve ici l’influence des jeux vidéo comme « Mario Bros » ou « Space Invaders », symboles de la génération 80. Les vingt-deux silhouettes proposent un univers à la fois street et classique dominé par le noir, avec des pointes de couleurs. Ce vestiaire conceptuel et élégant est à la croisée des genres, de l’héritage du Japon et de la France et s’exprime par une maîtrise original des volumes.

Dans son deuxième défilé IN du 27 septembre 2011, Julien David a su montrer un juste équilibre entre les influences du streetwear, du luxe et une féminité assumée. Les vingt-quatre looks présentés mêlent sensibilité bohémienne et style urbain engagé. Les mannequins sont maquillées d’une larme sur la joue en référence aux gangs dont les membres ont pour coutume de se tatouer lorsque qu’ils tuent ou qu’ils vont en prison. En dehors de cet aspect, la larme dessinée donne une allure romantique et vulnérable. On ressent véritablement l’influence du tsunami dans cette dernière collection : un fort sentiment de protection ressort de ses créations. De plus, les matières sont douces mais les coupes affirmées. Julien David aime mélanger des silhouettes très contrastées : des coupes féminines, des volumes masculins. Un top en soie délicatement associé à un bermuda très sport, très bad boy.

Les deux robes présentées en bout de défilé sont la quintessence du style Julien David : du pop décontracté par les motifs et une allure résolument féminine par l’utilisation du tulle. La taille est marquée, ce qui fait ressortir le volume de cette robe de mariée contemporaine (cf.photo ci dessous).

Véritable consécration, Julien David a vu sa côte de popularité s’envoler. On le cite partout (Vogue, Express Style ou encore Elle) et on dit de lui qu’il s’agit du « créateur à suivre ». À cela, le créateur répond : «tout s’est fait progressivement, il n’y a pas eu de succès immédiat, je me bats à chaque saison pour paraître au bon endroit et pour vendre mes pièces tout en transmettant un message à mes clients afin qu’ils soient sensibles à mes créations et qu’ils comprennent ma vision, ma constance».

À suivre !

Julien David est en vente chez Colette.

Niché à deux pas de la cour d’honneur du Palais Royal et des colonnes de Buren, le LabStore est un lieu différent, encore peu connu des Parisiens. Ce concept original me permet aujourd’hui de vous parler cuisine et gastronomie, un thème cher à mes yeux, que j’ai tendance à délaisser, faute de temps.

Le LabStore a ouvert ses portes mi-septembre à Paris et se divise en deux sections : la boutique à l’entrée et le bar à dégustation au sous-sol, baptisé FoodLab. Incubateur de curiosités, cet espace propice à la relaxation et à la méditation, propose des créations culinaires innovantes et étonnantes, placées sous le signe de l’art, du design et de la science.

Ces créations sont proposées par le biais des “expériences” : déjeuner, dessert, café, cocktail.

Les expériences déjeuner, dessert et cocktail offrent la possibilité de tester la “bouteille consommable”, concept conçu par le designer François Azambourg, le scientifique David Edwards et le chef Thierry Marx. L’idée c’est que contenu et contenant sont comestibles. On boit dans une bouteille tout en la mangeant.

Je vous laisse découvrir en images :

- Ici l’entrée de l’expérience déjeuner : un velouté de potiron emprisonné dans une membrane aux pousses d’épinards avec une écrasée de châtaignes.

- Ici l’expérience dessert accompagnée d’une coupe de champagne : une membrane à l’amande contenant un coulis de poires avec de la glace maison et des spéculos émiettés.

Pour le dessert, il est possible de percer la “bouteille” et de boire son contenu, qui à la différence de la soupe, est frais. L’expérience prend ainsi tout son sens et permet d’appréhender de plus près le concept.

Par ailleurs, l’expérience café vous fera découvrir Aladdin, un curieux objet de design qui n’est pas sans rappeler la lampe magique du génie. A chaque frottement, on inhale des arômes de chocolat qui se déclinent en huit saveurs à deviner : coco, gingembre, noisette, cannelle, cerise, orange, mandarine et citron. Bref, un rendez-vous pour les papilles et de la gourmandise sans les calories !

Pour continuer l’expérience, direction la boutique avec le Whif au chocolat ou au thé vert et  l’Aéroshot, un concentré de pure énergie au citron.

À voir également, l’expérience cocktail avec dégustation de champagne sur le principe de la bouteille consommable et découverte du Whaf. Basé sur la cuisine aérienne, le Whaf transforme n’importe quel liquide en un nuage de saveurs que l’on aspire avec une paille. Un concept révolutionnaire, bientôt en vente au grand public.

Le FoodLab, une invitation au voyage et aux plaisirs sensoriels, une bulle de calme coupé du monde, qui nous fait oublier, le temps d’une expérience, la torpeur parisienne.

Toutes les expériences sont à 10€. Expérience cocktail à 15€ (nocturne le vendredi soir, sur réservation la veille)

The LabStore

4 rue du Bouloi

Paris 1er 

Jusqu’au 7 janvier 2012

Les affichages sauvages de JR sont des oeuvres éphémères dont la lente dégradation est elle-même hautement créative. Ses photos monumentales sont collées à l’échelle d’un mur, d’une maison, d’un escalier, d’un toit et envahissent des parcelles de villes sous tension : les favelas de Rio, les bidonvilles de Nairobi, les vieux quartiers de Shanghai, la banlieue de Paris.

Celui qui “possède la plus grande galerie du monde à ciel ouvert” bouleverse et fascine le monde de la photo et de l’art contemporain avec ses projets humains et esthétiques. “Je crois que le rôle d’un artiste n’est pas de trouver des solutions mais de soulever des questions”.

C’est aujourd’hui au tour de la Galerie Perrotin d’exposer son oeuvre et de diffuser après Arles, le Centre Pompidou, Jérusalem-Bethlehem et Abu Dhabi, le projet Inside Out, expérience collective autour de la représentation de soi et de sa propagation dans l’espace public. Un photomaton est installé dans la galerie et délivre des portraits sous forme de poster : une initiative audacieuse et interactive. En définitive, JR nous invite par cette mise en scène “légèrement” narcissique, à dévoiler notre vision du monde et ses problématiques contemporaines.

Déjà avec Face2Face, JR avait cristallisé autour du conflit israelo-palestinien en érigeant de part et d’autre du mur de séparation à Bethlehem, des portraits immenses hautement expressifs. Les plus symboliques étant ceux  de l’imam, du rabbin et du curé hilares. Une manière forte et édulcorée d’adoucir les tensions : nous sommes voisins, nous faisons le même métier, nous ne sommes finalement pas si différents.

Avec Women Are Heroes, JR concrétise son projet photographique. Pendant deux ans, il voyage aux quatre coins du monde (Brésil, Kenya, Inde, Sierra Leone, Cambodge…) et nous montre comment il construit ses oeuvres, en nous rappelant la place sacrée et fragile des femmes du tiers-monde. Tout le monde peut s’approprier l’oeuvre et participer au projet en l’améliorant, comme ces gamins qui ont proposé de tirer leurs portraits avec des bâches imperméables en vinyle pour recouvrir les toits de Kibera. Qu’elles soient conservées, découpées, dégradées par la pluie ou autres, les oeuvres de JR vivent et continuent même de s’exprimer dans la destruction.

Le street-art a inévitablement le vent en poupe mais cela ne remet aucunement en cause la spontanéité et  l’honnêteté intellectuelle de ce “photograffeur”, “artiviste” de talent que Fabrice Bousteau, directeur en chef de Beaux-Arts Magazine -que je rêve de rencontrer- qualifie de “Cartier-Bresson du XXIème siècle”.

“Quand je fais des photos, on m’appelle photographe, quand je monte des affiches, on me dit plasticien et quand je fais des films, je deviens réalisateur. Je pense que cela s’englobe très bien dans le rôle d’un artiste, d’utiliser au pluriel les médias, d’utiliser toutes les formes possibles. Je pense que ma génération est née dans une période d’accès à l’image et de son partage. On ne peut pas se priver de cela car c’est une grande force”.

JR sur les quais de l’IFM

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